Rémy Lach · Sublimes Aquarelles Formation

2 décembre 2025

Comment gérer la honte de ses aquarelles ratées ?

Le sentiment de honte face à ses aquarelles, je pense qu'on ne s'en sépare jamais vraiment. On ne peut pas le faire disparaître, mais on peut l'embrasser et apprendre à mieux apprécier ce qu'on fait, notamment grâce au regard des autres. Le jour où vous arrivez à vous aimer même quand vous avez l'impression d'avoir raté, je pense que vous avez tout gagné.

Est-ce que la honte disparaît avec l'expérience ?

Le premier essai du désert de Tunisie, peint pendant le live
Le premier essai du désert de Tunisie, peint pendant le live

Non. Je vous parle de mon expérience : j'ai régulièrement honte, même pendant mes lives. La dernière fois, je peignais un désert de Tunisie. À un moment, je regarde ce que je suis en train de faire et je me dis : « Mais ça ressemble à rien, j'ai trop honte, c'est moche. »

Je trouvais que je surtravaillais, que je perdais toute la texture du sable. Ça m'énervait. Pendant le live, je disais « c'est pas top », j'essayais de minimiser, mais c'était un euphémisme : j'étais dévasté à l'intérieur. Je voulais même effacer ce passage en me disant : « Ceux qui vont regarder en replay, j'espère qu'ils vont sauter ce passage-là. »

Pendant que je peignais, il y avait 10 000 pensées dans ma tête :

Cette sensation de honte ne disparaît jamais. Ce sur quoi on peut évoluer, en revanche, c'est la manière dont on la vit.

Que faire d'une aquarelle dont on a honte ?

Le premier essai et le second, au sable plus léger, côte à côte
Le premier essai et le second, au sable plus léger, côte à côte

Dans ce live, cette honte m'a d'abord donné le fuel pour dire : « Venez, on teste un autre truc. » Le fait que les élèves ne me jugent pas nous a donné l'opportunité d'essayer autre chose. On a fait un deuxième essai, avec un sable plus léger. Ce deuxième essai avait tout ce dont je rêve : le côté léger, spontané, le lâcher prise.

À la fin, je disais : « Heureusement qu'on a fait ça, et heureusement que je me suis planté sur le premier. » Et là, Xavier me dit : « Moi, j'aimais bien ce premier essai. Il est bien aussi. »

Je ne sais pas si ça a joué, mais dans la semaine, mon carnet est resté dans l'atelier. Je voyais ce désert de loin, et je me suis dit : « Oh purée, mais en fait il est pas mal. » Quand je ressors le deuxième essai, limite, je préfère la première version. Celle que je n'ai pas complètement aboutie, que j'ai faite trop vite, sur laquelle j'y allais à tâtons, en pleine exploration. J'en viens à mieux apprécier cette aquarelle, alors qu'à l'époque je la détestais.

Comment les autres nous aident-ils à apprécier nos aquarelles ?

C'est sur ce point qu'on peut évoluer : apprendre à mieux apprécier ce qu'on fait. Et les autres peuvent nous aider à y mettre de la conscience. Le commentaire de Xavier en est un exemple.

Après ce live, j'ai aussi dit à Violine que je ne le sentais pas, puis que je l'avais fait quand même. Elle m'a répondu : « Franchement, bravo. » Les autres vous permettent d'apprécier qui vous êtes vraiment.

On dit souvent, dans une présentation : vous ne vous souviendrez pas de ce qu'on vous a dit, mais votre corps se souviendra toujours de ce que vous avez ressenti à ce moment-là. Le plaisir de peindre fait partie de ce ressenti. Ça reste ancré, et c'est comme ça que vous trouvez votre style.

Isabelle, une élève, m'a écrit après avoir osé poster des aquarelles qu'elle trouvait moches. C'était tout sauf moche : elle avait fait une super fusion. Elle me disait que mon authenticité l'aidait à cheminer vers la sienne et à oser se révéler. C'est ce qu'il y a de plus beau.

C'est aussi grâce à vous, qui me dites que le fait que je sois moi-même change absolument tout. Ce n'est pas moi qui me suis dit un jour que c'était trop bien de rater, de rire, de faire des blagues.

Pourquoi ne faut-il pas chercher à s'aimer tout le temps ?

Penser « j'arriverai à un stade où je m'aimerai tout le temps, quoi qu'il arrive », pour moi, c'est utopique. Et si vous arrivez à ce stade-là, le risque, c'est aussi de finir dans la complaisance.

L'humilité, la conscience de soi, le fait de se remettre sans cesse en question : c'est ce qui permet de réapprendre petit à petit, à chaque fois, à s'aimer un petit peu plus. C'est un truc qui ne se finit jamais.

Que nous dit la honte sur nous-mêmes ?

Dès lors qu'il y a de la procrastination, de la résistance, de la déception, c'est qu'il y a une leçon que vous pouvez encore apprendre. L'aquarelle vous la donne sur un plateau d'argent, puisque tout ça vient de vos ressentis : c'est qu'il y a une partie de vous que vous n'avez pas encore complètement aimée.

Pour moi, ce live sur YouTube a été une manière de m'aimer un petit peu plus. Il y a une partie de moi qui a envie que le Rémy qui apparaît sur YouTube soit parfait, hyper pédagogue, qu'il articule super bien, que tout soit clair, qu'il n'y ait aucun commentaire négatif. Et il y a une part de moi qui n'aime pas le Rémy qui trébuche sur les mots, qui bégaye, qui peint des crottes.

Pendant 15 ans, j'ai porté un masque : celui du salarié parfait. Au bout d'un moment, le naturel revient au galop. On n'a plus vraiment le choix que d'être soi-même.

L'aquarelle, finalement, on s'en fiche un petit peu. Elle n'est qu'un véhicule pour atteindre quelque chose de plus grand : s'aimer un petit peu plus et s'accepter tel qu'on est vraiment. À travers quelques pigments sur un bout de papier, elle cristallise un ressenti. C'est un miroir : elle vous renvoie ce que vous n'aimez pas chez vous. Toute sensation négative est une des plus belles opportunités d'évoluer, d'apprendre à s'aimer et de grandir.

Comment mesurer son propre cheminement ?

Je vous propose un exercice : qu'est-ce que vous faites naturellement aujourd'hui que vous ne faisiez pas il y a 2, 3, 4 ou 5 ans ?

Pour moi, c'est le rire pendant les lives. Si vous regardez mes toutes premières vidéos YouTube, je ne m'autorisais pas à rire. Il y avait une part de moi que je détestais : le Rémy un peu clown. Il devait rester au placard, parce que le Rémy de YouTube devait être sérieux, montrer qu'il était légitime, faire de belles choses. Il ne fallait pas montrer les aquarelles ratées.

Petit à petit, j'ai appris à embrasser cette part-là. Aujourd'hui, je commence même à faire des blagues dans mes emails, ce que je ne faisais pas avant.

Questions fréquentes

Est-ce qu'on finit par ne plus avoir honte de ses aquarelles ?

Non, et croire le contraire est utopique : j'ai encore honte de certaines de mes aquarelles, même en live. Ce qui progresse, c'est la capacité à embrasser cette honte plutôt qu'à la fuir.

Faut-il garder une aquarelle dont on a honte ?

Oui, car le regard change avec le temps et avec celui des autres. Une aquarelle détestée sur le moment peut, quelques jours plus tard et vue de loin, se révéler meilleure qu'un essai qu'on trouvait réussi.

À quoi sert la honte quand on peint ?

C'est un signal : elle montre une part de vous que vous n'acceptez pas encore. Chaque ressenti négatif devant le papier est une occasion d'apprendre à vous aimer un peu plus.

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