22 juillet 2026
Que faire quand on a envie d'abandonner l'aquarelle ?
Si vous sentez qu'il y a quelque chose qui cloche dans votre pratique de l'aquarelle et que ça vous donne envie d'abandonner, cherchez votre carte : celle qui vous dit « passe par ce point, puis fais ci, puis fais ça ». Mettez votre ego de côté, acceptez de ne pas tout faire tout seul et trouvez votre béquille de l'aquarelle. C'est le détail qui a absolument tout changé dans ma pratique.
Pourquoi on finit par abandonner l'aquarelle ?
À l'aquarelle, vous pouvez aller n'importe où et faire n'importe quoi. Vous pouvez :
- attaquer les sujets que vous voulez ;
- utiliser les pigments que vous voulez, en tubes ou en godets ;
- prendre le pinceau que vous voulez ;
- utiliser les techniques que vous voulez ;
- suivre l'artiste et les tutoriels que vous voulez.
Au bout d'un moment, vous ne savez plus trop où aller. Moi, j'ai abandonné l'aquarelle pendant 4 ans, entre 2016 et 2020, parce que je ne voyais pas d'issue possible.
Le piège, pour moi, c'était l'idée de tout faire tout seul. Pendant 13 ans, je me suis mis martel en tête que je devais tout faire tout seul. C'est pour ça que je suis complètement autodidacte, c'est pour ça que j'ai galéré pendant 2 ans à mes débuts avant de faire une aquarelle qui ne me semblait pas trop mal, et c'est pour ça que j'ai mis plus de 13 ans pour en arriver à un point où je suis content des aquarelles que je fais.
Qu'est-ce que la « carte Silksong » de l'aquarelle ?

Je joue aux jeux vidéo, et un jeu m'a appris cette leçon : Silksong, le deuxième volume de Hollow Knight. Au premier, je n'avais même pas tenu 1 heure. Les boutons étaient mal placés, il y avait un temps de latence, et surtout je ne savais absolument pas où il fallait que j'aille. Dans ce jeu, on peut aller partout. Moi, j'ai besoin d'être guidé à un moment.
Avec Silksong, j'ai commencé à revivre exactement le même problème. Sauf que cette fois, au lieu d'abandonner, je me suis demandé : « Mais c'est quoi le problème ? Pourquoi tout le monde dit que c'est trop bien et moi je suis le seul galérien qui déteste ça ? » La réponse, c'est que je ne savais pas où aller. Alors j'ai cherché la carte complète du jeu : où je démarre, où il y a un secret, où on peut sauvegarder, comment les niveaux sont connectés. Cette carte a absolument tout débloqué. Depuis ce moment précis, je suis allé jusqu'au bout du jeu, une centaine d'heures.
Ce que j'en retiens : il y a des jeux dont je sais au bout de 5 minutes qu'ils ne me correspondront pas. Mais avec Silksong, je sentais qu'il y avait des mécaniques intéressantes. Si vous sentez la même chose avec l'aquarelle, c'est votre Silksong de l'aquarelle. Ne l'abandonnez pas : cherchez la carte complète.
Est-ce que se faire aider, c'est tricher ?
Il y a une part de moi qui se disait : « Tu es en train de tricher, toi qui voulais faire tout le jeu en toute autonomie. » Peut-être qu'une part de vous va se dire la même chose à l'aquarelle : « Je voulais tout faire tout seul, découvrir ma propre carte. »
Mais la réalité, c'est qu'il y a 2 scénarios :
- Vous abandonnez l'aquarelle et vous vivez votre vie. Peut-être que vous reviendrez dessus, et le cycle recommencera : vous abandonnerez, vous reviendrez, vous abandonnerez, vous reviendrez. Parce que si l'aquarelle c'est votre Silksong, ça va revenir.
- Vous prenez une carte, et là va s'ouvrir un monde et un univers des possibles que vous n'auriez jamais imaginé.
Le premier volume, vous l'avez peut-être abandonné. Dans le deuxième volume, ayez l'humilité de chercher votre carte complète, celle qui va vous baliser le chemin.
Vous pouvez faire 80 % tout seul. Mais pour les 20 % qui restent, peut-être que vous avez besoin d'une carte.
Quelle a été ma carte à moi ?

La carte change au fil des années. Je voulais peindre à partir de mes propres photos, découvrir mes propres techniques, tout faire tout seul. Jusqu'au jour où je me suis rendu compte que je n'avais pas tant envie que ça de peindre mes propres sujets, ni de peindre uniquement dans mon coin. Ma seule solution, c'était d'arrêter.
J'ai commencé à enseigner pendant le confinement, en 2020. En 2022, j'ai commencé à faire des lives avec les élèves, mais je faisais seulement des retours sur leurs aquarelles : je ne peignais pas en direct, je n'osais pas. En 2023, j'ai commencé à peindre en direct devant eux. J'ai accepté de me casser la figure en plein live. Et ça a absolument tout changé.
Ma carte Silksong, en 2023, ça a été de demander de l'aide aux élèves pour qu'ils me fassent des retours sur les aquarelles que je peignais. Récemment, on est partis d'une photo, je l'ai analysée avec la méthode que j'utilise depuis des années pour peindre toutes mes aquarelles, puis j'ai fait le premier lavis et le deuxième lavis, en expliquant ce qu'il faut faire dans chacun. Cette aquarelle, jamais de la vie je ne l'aurais abordée tout seul, parce que je n'aime plus peindre tout seul : je n'ai rien à montrer, rien à découvrir, rien à explorer, et je n'ai de retour de personne pendant que je peins.
Pourquoi accepter une béquille à l'aquarelle ?

Au début, je me disais que c'était un aveu de faiblesse : « Tu n'es même pas capable de prendre les pinceaux tout seul. » Mais s'il y a d'un côté un monde où je ne peins plus rien, et de l'autre un monde où je peins avec l'aide des élèves, le choix est tout fait. Ça a quand même été une claque de devoir mettre cet ego de côté.
Une béquille, on refuse souvent de la prendre par fierté : « Non, c'est bon, je sais le faire », alors qu'on galère. À l'aquarelle, c'est pareil : acceptez et trouvez votre béquille.
Le mot béquille peut sembler péjoratif. Mais quand je dis aux élèves en live « Franchement, j'ai besoin de vous pour pouvoir peindre à l'aquarelle », je sens une forme de « T'inquiète, on est là ». Ils m'aident, et ils sont presque contents de m'aider. Une béquille ou une carte n'a pas cette conscience d'être contente de vous aider. Mais si vous demandez de l'aide à quelqu'un, dites-vous que cette personne veut vous aider aussi. Vous la valorisez. C'est pour ça que la connexion humaine est aussi importante.
Je pensais que tout faire tout seul, c'était le Saint-Graal, l'Eldorado. Pas du tout. Je suis encore plus content de peindre aujourd'hui, et encore plus content d'aider les élèves, parce qu'ils en tirent aussi une valeur humaine, relationnelle, sociale, au-delà de la partie technique de l'aquarelle.
Questions fréquentes
Comment savoir si l'aquarelle vaut la peine de continuer ?
Demandez-vous si, malgré la frustration, vous sentez quelque chose qui vous attire. Si c'est le cas, l'aquarelle est votre Silksong : même si vous arrêtez, elle reviendra.
Faut-il tout apprendre seul à l'aquarelle ?
Non. Vouloir tout faire sans aide m'a fait perdre des années, et une grande partie du chemin peut se faire seul, mais pas tout.
Avoir besoin d'aide pour peindre, est-ce un aveu de faiblesse ?
Non : n'ayez pas honte de votre béquille, soyez-en fier. Les personnes à qui vous demandez de l'aide sont souvent contentes de vous la donner.
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