Rémy Lach · Sublimes Aquarelles Formation

18 septembre 2026

Pourquoi l'aquarelle paraît si difficile ?

Si vous avez l'impression de rater beaucoup plus d'aquarelles que vous n'en réussissez, il y a 3 raisons principales. Vous croyez être le seul à galérer alors que tout le monde doute, vous vous attaquez à des sujets trop difficiles pour votre niveau technique, et vous peignez à l'aveugle, sans méthode pour aborder les sujets que vous ne maîtrisez pas. Pour chacune, il existe une solution simple.

Pourquoi a-t-on l'impression d'être le seul à rater ses aquarelles ?

Quand on voit des aquarelles à l'effet wow, on a tendance à se dire : « En fait, tout le monde réussit, et moi je suis le seul galérien qui n'arrive à rien. » C'est déprimant, et je trouve que les réseaux sociaux renforcent encore ce sentiment d'impuissance. On a l'impression que les autres réussissent tout ce qu'ils entreprennent, et que nous, ça ne fait que flopper.

Il y a quelques jours, j'étais en stage d'aquarelle en Provence avec une vingtaine d'élèves. À la fin, j'ai demandé à chacun comment il avait vécu le stage. Un participant a dit qu'il y avait quelque chose de rassurant : voir que tout le monde se plante aux mêmes endroits que lui. Derrière l'écran, il avait l'impression que tout le monde réussissait. Et là, ça lui a fait un bien fou.

La réalité, c'est que quel que soit son niveau, quand on peint à l'aquarelle, on a toujours l'impression de galérer à un moment. Il y a une incertitude sur le résultat : la fusion des couleurs va créer des effets auxquels on ne s'attend pas forcément. Il y a donc toujours un doute : est-ce que ça va fonctionner ou pas ? Je peux vous garantir que les élèves qui réalisent de très belles aquarelles doutent énormément, eux aussi.

Que faire de ce sentiment d'impuissance ?

Quand vous ressentez ce sentiment d'impuissance, dites-vous que n'importe quel aquarelliste le ressent, quel que soit son niveau technique. Ça ne dépend pas du niveau technique, ça ne dépend pas d'un talent inné. Ça dépend uniquement de votre perception, de l'impression d'être tout seul à galérer.

En fait, on est tous dans le même bateau. C'est juste que vous ne voyez pas les autres personnes dans le bateau. Si vous aviez été dans ce stage en Provence, vous auriez vu à quel point tout le monde galère sur les mêmes points.

Votre sujet est-il trop difficile pour votre niveau ?

C'est une des raisons les plus probables. Si votre niveau technique est à un certain point et que l'aquarelle que vous essayez de faire est bien au-dessus, forcément, vous allez avoir du mal.

Si demain on me demandait de conduire une Formule 1 sur un circuit, je ne saurais pas faire. Par contre, si on me demande de conduire en ville à 30 à l'heure, j'ai mon permis, je sais faire. Selon le sujet que vous choisissez, vous vous retrouvez soit sur une route que vous prenez tous les jours, soit sur un circuit de Formule 1, avec un véhicule que vous n'avez jamais testé.

Cet exemple paraît évident. Sauf qu'à l'aquarelle, on s'attaque parfois à des sujets sans même savoir qu'on s'engage sur une route particulièrement difficile : de la perspective, des personnages, des portraits, de l'ombre, de la lumière, des reflets, des choses qui vont dans tous les sens.

Une élève arrivée récemment dans mon programme a posté ses premiers exercices, réalisés dans ce que j'appelle des masterclass, des cours où je déconstruis à un niveau suffisamment granulaire les fondamentaux de l'aquarelle : le mélange des couleurs, le dessin, la perspective et la fusion des pigments. Elle a écrit que la complexité, c'est d'assembler le tout dans le bon ordre, mais que c'est déjà rassurant de travailler la technique à petite échelle, parce que ça prouve qu'on en est capable. C'est le point vraiment important.

Comment s'entraîner quand le sujet est trop difficile ?

Si vous avez tendance à choisir des sujets très difficiles, je vous invite à faire 2 choses :

  1. Réduire la taille de vos essais. Sur une seule planche, cette élève a réussi à faire 9 essais différents. Vous pratiquez beaucoup plus souvent, vous peignez beaucoup plus vite, et vous pouvez itérer sur toutes les prises de conscience que vous avez.
  2. Vous concentrer sur une seule technique ou une seule zone. Par exemple, uniquement le nuage, uniquement le coucher de soleil, uniquement l'effet du sable, uniquement l'écume de l'eau.

Rien qu'avec ces 2 conseils, vous allez peindre plus vite, plus souvent, et retrouver du plaisir dans la peinture. Surtout, si vous butez sur ce petit extrait de votre sujet, vous allez pouvoir identifier précisément ce qui vous pose encore problème, et donc chercher la solution à cette difficulté précise.

Quand vous faites une grande aquarelle avec des personnages, des animaux, des maisons, des arbres dans tous les sens, et que ça part en cacahuètes, vous ne savez pas ce qui a cloché. Si vous vous êtes concentré uniquement sur un banc avec 2 personnages et que quelque chose cloche, au moins, vous pouvez retravailler cette seule partie.

Pourquoi peindre à l'aveugle fait autant échouer ?

La troisième raison, c'est que vous peignez complètement à l'aveugle. Face à un nouveau sujet, vous y allez la fleur au fusil, sans savoir comment démarrer, avec quelle couleur, quelle pigmentation, quel pinceau. Vous laissez le résultat entre les mains de l'aquarelle.

Je prône souvent le lâcher prise, mais jusqu'à une certaine mesure. Je suis plutôt pour l'équilibre entre le contrôle et le lâcher prise, notamment sur les sujets que vous ne maîtrisez pas.

Les fleurs, par exemple, je ne sais absolument pas faire. Lors d'un live de peinture avec mes élèves, j'ai peint des fleurs en négatif et le résultat était tout plat. J'avais honte, je voulais presque arrêter le live. Pourtant, si vous me demandez un ciel, j'en ai fait des centaines, j'ai un système, une méthode. Sur les fleurs, je n'en avais aucune.

Sans méthode, il y a 2 options :

Comment s'inspirer d'un autre artiste sans suivre de tutoriel ?

Je vous propose une troisième solution : vous inspirer d'un autre artiste. Une élève m'a parlé de Jean Lacalmontie, un aquarelliste qui fait de magnifiques fleurs et qui a écrit un livre intitulé « Les aquarelles de mon jardin ». J'ai pris une de ses aquarelles et je me suis demandé : comment il fait ça ?

L'idée n'est pas de reproduire exactement sa manière, ni d'arriver à un résultat abouti. C'est de déconstruire puis de reconstruire à votre manière. Mon essai d'après son aquarelle était très loin d'être parfait, pas beau du tout même. Ce n'est pas grave : en faisant ça, vous capturez des éléments de la façon dont la personne raisonne et voit son sujet. Ensuite, vous appliquez ces conclusions sur un sujet réel.

Voici ce que j'en ai compris et appliqué :

  1. Laisser complètement blanches les parties les plus claires de la fleur, avec le blanc du papier.
  2. Poser une touche de pigment sur les parties légèrement plus ombrées.
  3. Peindre un arrière-plan plus foncé autour de la fleur pour en rendre la forme.

Le résultat était bien plus convaincant que mon essai dont j'avais honte. L'idée est de tester la manière de penser et de voir d'un autre artiste, qui a fait ses preuves.

Questions fréquentes

Les aquarellistes confirmés doutent-ils aussi ?

Oui. Quel que soit le niveau, la fusion des couleurs crée des effets inattendus, donc il y a toujours un doute sur le résultat. Ce sentiment ne dépend ni du niveau technique ni du talent inné.

Faut-il toujours lâcher prise à l'aquarelle ?

Non, jusqu'à une certaine mesure seulement. Sur un sujet que vous ne maîtrisez pas, partir sans méthode revient à jouer à la loterie : parfois un coup de bol, parfois un capotage.

Pourquoi faire de petits essais plutôt qu'une grande aquarelle ?

Les petits essais vous permettent de peindre plus vite et plus souvent, et d'identifier précisément ce qui cloche. Sur une grande aquarelle chargée, quand ça rate, vous ne savez pas d'où vient le problème.

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