16 août 2026
Comment trouver son style à l'aquarelle ?
Pour trouver votre style à l'aquarelle, partez d'une aquarelle qui ne s'est pas déroulée comme prévu et appliquez une technique en 3 temps. D'abord, vous observez ce que vous aimez bien quand même dans cette aquarelle, puis vous déconstruisez en identifiant 3, 4 ou 5 éléments qui créent ce qui vous plaît. Enfin, vous mettez ces éléments sur le banc de test pour reproduire en conscience ce qui n'était au départ qu'un coup de chance.
Que faire d'une aquarelle qui ne correspond pas à votre intention ?

Pour illustrer cette technique, je prends un exemple récent : la photo d'une campagne envoyée par une élève. En analysant la photo, la première chose que je définis, c'est mon intention. Ici, c'était le côté estival, aride, hyper lumineux, hyper sec. Il y avait aussi une ombre sur le haut de la photo qui me paraissait assez froide. J'ai donc prévu des couleurs très terreuses pour la terre et du bleu pour les ombres du haut.
Le premier lavis ne s'est pas du tout passé comme prévu. J'ai mis des couleurs un peu plus froides, je les ai laissées fuser, puis j'ai rajouté quelques arbres dans l'humide, alors que ma première couche n'était pas encore complètement sèche. Après séchage, je n'avais plus du tout l'ambiance aride, j'avais complètement perdu la lumière que je voulais sur la terre très sèche, et du bleu s'invitait dans la peinture. Je n'avais même plus envie de continuer. J'ai quand même fini, en rajoutant les arbres et les ombres, puis le passe-partout, pour voir si l'aquarelle fonctionne une fois encadrée.
Face à ce résultat, vous avez 2 options :
- Vous dire que vous êtes vraiment trop nul, que vous ne savez pas amener la lumière là où vous voulez, que cette aquarelle est un échec total et qu'elle part direction poubelle. C'est ce qui arrive quand on a beaucoup de jugements envers soi-même, et ça ne vous aide pas à trouver votre style.
- Amener une autre voix sur votre autre épaule, qui dit : d'accord, c'est nul ce que tu as fait, mais qu'est-ce que tu aimes bien quand même dans cette aquarelle ?
Étape 1 : qu'est-ce que vous aimez bien dans cette aquarelle ?
Parfois, ce que vous aimez n'a rien à voir avec la peinture. C'est peut-être le ressenti que vous avez eu, ou le courage de vous y mettre malgré la peur. Sur cette aquarelle de campagne, j'ai dit à mes élèves que j'aimais finalement le côté un peu fantasmagorique, éthéré, brumeux. Ce n'était pas du tout l'ambiance estivale que je voulais, mais ce n'est pas très grave.
Si vous cherchez suffisamment, il est très rare de ne rien trouver. Quand je fais mes retours personnalisés aux élèves, je trouve tout le temps un truc top à dire, et ce n'est pas pour être sucré ni pour faire plaisir. Je vois toujours des axes d'amélioration, mais je vois toujours aussi des choses très belles : des fusions, un côté un peu clair, la lumière à un endroit précis.
Étape 2 : qu'est-ce qui fait que ça fonctionne ?

Une fois que vous savez ce qui vous plaît, demandez-vous ce qui le crée. J'ai posé la question en live à mes élèves, et ils m'ont donné plein de réponses, qui sont autant d'éléments importants à noter :
- le côté brumeux dans les couleurs un peu froides ;
- la lumière qui traverse légèrement les arbres ;
- la transition entre l'ombre du haut et la partie très aride, plus floue que sur la photo : on ne sait plus vraiment où commence et où s'arrête la couleur froide, et pareil pour les couleurs chaudes ;
- les arbres réalisés dans le premier lavis sur un papier encore humide, qui ont créé un côté un peu flou.
Vous obtenez ainsi une liste de 4 ou 5 éléments auxquels vous raccrocher.
Étape 3 : comment mettre ces éléments sur le banc de test ?

Ce qui s'est passé, c'est finalement de la chance : l'aquarelle m'a proposé autre chose que ce que j'avais en tête. Si vous laissez cette autre chose vagabonder, le coup de chance restera un coup de chance. Pour trouver votre style, vous devez amener de la conscience dans votre pratique, que ce soit dans vos choix créatifs, votre exécution technique ou le choix de tel pinceau plutôt que tel autre.
Je prends donc une hypothèse et, c'est mon côté ingénieur, je raisonne par l'absurde. Supposons que les arbres du premier lavis fassent partie de l'ambiance éthérée. Je refais le premier lavis à l'identique, sauf que cette fois je ne fais pas ces arbres. Une fois le premier lavis sec, je rajoute simplement les arbres au deuxième lavis, avec les ombres.
Résultat : on a toujours cette ambiance fantasmagorique. Ces arbres dans l'humide n'étaient donc pas si importants. J'ai aussi perdu les couleurs vives du modèle original, mes couleurs étaient plus ternes, et ça fonctionne quand même. En itérant sur hypothèse 1, hypothèse 2, hypothèse 3, vous resserrez petit à petit, jusqu'à voir qu'il n'y a que 2 éléments qui participent vraiment à l'ambiance :
- la transition beaucoup plus douce entre les couleurs froides et les couleurs chaudes ;
- une zone de lumière entourée de zones d'obscurité.
Pourquoi cette technique fait naître de nouvelles aquarelles ?

Même si vous n'avez pas exactement les bonnes réponses, cet exercice vous donne des idées pour de nouvelles aquarelles. Avec mes élèves, nous avons pris comme hypothèse que les couleurs n'avaient peut-être aucun impact sur le côté éthéré. Je leur ai demandé sur quelle couleur partir, ils ont choisi le rose. J'ai fait mon premier lavis avec du rose et du violet, puis le deuxième lavis et les ombres. Cette aquarelle n'aurait jamais existé si j'avais jeté la première en me disant qu'elle était nulle.
Voir les essais des autres élèves apporte aussi des réponses supplémentaires. Une élève a obtenu un effet presque enneigé, très lumineux, et son deuxième essai aussi avait ce côté enneigé. On peut refaire l'exercice : qu'est-ce que j'aime bien ? Le côté enneigé. Qu'est-ce qui le crée ? Peut-être les couleurs un peu plus froides. Alors on teste, soit par l'absurde avec des couleurs beaucoup plus chaudes, soit en assumant avec des couleurs encore plus froides.
Le plus important, c'est de regarder ce que l'aquarelle vous offre non pas avec un jugement très dur envers vous-même, mais avec l'émerveillement du petit enfant : c'est quoi ce truc, comment je fais ça, et si je testais du violet ? Vous avez alors un vivier d'idées, d'expérimentations et de tests. Vous n'avez plus la pression de devoir trouver votre style, vous explorez, et en explorant vous mettez de la conscience sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. C'est là que vous trouvez votre style, et que vous vous libérez des tutoriels, en plongeant dans votre propre pratique plutôt que dans celle d'un autre qui ne vous correspond peut-être pas. C'est ce processus itératif que j'ai suivi au fil des années pour créer mes propres aquarelles à partir de mes propres photos.
Questions fréquentes
Faut-il quelqu'un pour faire cet exercice ?
Non. Si vous n'avez personne, faites-le vis-à-vis de vous-même : dissociez-vous et répondez à vos propres questions, comme « qu'est-ce que j'ai bien aimé ? » et « qu'est-ce qui a fait que ça a bien fonctionné ? ».
Si un test ne marche pas, cela veut-il dire que l'élément testé ne compte pas ?
Pas nécessairement. Parfois, votre exécution n'est pas suffisamment juste pour répliquer la situation, et vous ne pouvez pas conclure. Malgré tout, ces essais vous font des petites aquarelles que vous pouvez accrocher chez vous.
Comment tester une hypothèse sur une aquarelle ?
Faites un autre essai en modifiant un seul paramètre : soit par l'absurde, en supprimant l'élément ou en allant complètement à l'inverse, soit en le confirmant et en l'assumant encore plus. Par l'absurde, ça fonctionne plutôt bien.
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