Rémy Lach · Sublimes Aquarelles Formation

4 septembre 2026

Comment obtenir des verts vibrants à l'aquarelle ?

Pour obtenir des verts vibrants à l'aquarelle, je ne pars pas d'un vert en tube : je mélange un jaune et un bleu, ce qui me donne 2 dimensions de nuances au lieu d'une seule. Mais l'erreur qui ruine vraiment vos verts, c'est de choisir vos couleurs sur leur teinte plutôt que sur leur permissivité, c'est-à-dire leur tolérance à un dosage approximatif du pigment. C'est pour ça que je pose mes verts pommes avec le turquoise de cobalt, bien plus tolérant que le bleu de phtalo.

Pourquoi un seul vert rend-il vos aquarelles fades ?

Une des premières erreurs que je vois chez certains élèves, c'est qu'ils fonctionnent de manière unidimensionnelle à l'aquarelle. Ils prennent une couleur, le vert de Hooker ou le vert feuille par exemple, et de cette unique couleur, ils créent plein de nuances en jouant sur le dosage du pigment :

En faisant comme ça, vous ne fonctionnez que sur un seul axe. C'est ça qui rend vos aquarelles un petit peu plus fades, un petit peu plus unidimensionnelles que si vous utilisiez un mélange de jaune et de bleu.

Ce que je fais à la place, c'est que je fonctionne sur 2 dimensions : la dimension du jaune, qui est pour moi la gomme-gutte, et la dimension du bleu. En jouant à la fois sur le dosage du jaune et sur le dosage du bleu, vous vous accordez une dimension supplémentaire, et donc une myriade de nuances de vert que vous n'auriez jamais pu obtenir avec une seule couleur de vert.

Alors oui, on peut mixer du vert avec du jaune ou du vert avec du bleu pour obtenir un vert un peu plus métallique ou un peu plus pomme. Mais ce n'est pas forcément ce que je vois lorsqu'un élève peint avec une seule couleur de vert.

Faut-il bannir le vert de sa palette ?

Non, même si moi, je n'ai aucun vert dans ma palette, et pour autant, j'arrive à créer des verts dont je suis à peu près fier. Si je n'en ai pas, c'est d'abord pour fonctionner sur 2 dimensions. L'autre raison, c'est que j'aime bien les couleurs qui tirent vers la terre de Sienne, vers le marron doré, et les couleurs qui tirent vers le froid, vers le bleu. Je n'ai donc pas d'intérêt personnel à prendre un vert.

Mais l'idée, ce n'est pas de retenir qu'il ne faut surtout pas prendre de vert. C'est plutôt d'éviter de fonctionner sur une seule dimension de vert. Ce n'est pas non plus que vous repreniez les mêmes couleurs que moi.

Quelles couleurs j'utilise pour mélanger mes verts ?

Comme jaune, je prends la gomme-gutte : un jaune assez chaud, un peu jaune poussin. J'utilise 3 bleus :

Avec la gomme-gutte et le bleu de phtalo, j'obtiens un vert assez vif, assez vibrant, qui tire vers le vert feuille. Avec la gomme-gutte et le turquoise de cobalt, au même dosage de bleu, j'obtiens un vert pomme qui tire beaucoup plus vers le jaune.

On pourrait en conclure que le bleu de phtalo donne un vert feuille et le turquoise de cobalt un vert pomme. Mais cette conclusion est à remettre en question. À mesure que j'ajoute du turquoise de cobalt (avec un peu de gomme-gutte quand je perds en intensité), le vert se rapproche du vert initial obtenu avec le bleu de phtalo. Et à l'inverse, avec la gomme-gutte et une toute petite quantité de bleu de phtalo, j'obtiens un vert pomme à peu près similaire à celui du turquoise de cobalt.

Quelle est l'erreur qui ruine vos verts à l'aquarelle ?

Pour le comprendre, je trace une ligne : à gauche, la gomme-gutte pure, à droite, le bleu de phtalo pur. Le vert pomme se situe quasiment à gauche, très proche de la gomme-gutte pure. Cela veut dire que pour obtenir un vert pomme avec le bleu primaire, il faut une toute petite quantité de bleu et une quantité suffisante de gomme-gutte.

Sur une 2e ligne, avec la gomme-gutte pure à gauche et le turquoise de cobalt pur à droite, le vert pomme est beaucoup plus orienté vers la droite. Il faut utiliser plus de turquoise de cobalt pour obtenir un vert pomme sensiblement similaire.

C'est là qu'on a la plus grande différence entre les 2 couleurs. Ce n'est pas sur le résultat, donc ce n'est pas sur la teinte que vous devez choisir vos couleurs, c'est sur leur permissivité : leur tolérance à un dosage approximatif du pigment.

Et le vert pomme, c'est un vert que vous avez besoin de maîtriser et de retrouver assez facilement. On le voit notamment dans les zones éclairées de vos feuillages.

Pourquoi la permissivité compte-t-elle quand on peint dans le lâcher prise ?

Cette erreur peut ruiner vos aquarelles, surtout si vous souhaitez peindre dans le lâcher prise, de manière spontanée. Quand je peins de manière relâchée, j'ai tendance à prendre une grosse quantité de pigment par-ci, par-là. Je n'ai pas envie de m'enquiquiner à me dire qu'il faut que je prenne une toute petite quantité de bleu primaire pour obtenir mon joli vert pomme.

Ce que je veux, c'est que lorsque je prends du turquoise de cobalt et de la gomme-gutte en quantité raisonnable, j'obtienne un super beau vert pomme. Sans avoir à me dire qu'il faut que je prenne 1 ml et pas 1,5 ml, parce que sinon ça va virer vers un vert feuille que je ne veux pas obtenir dans un premier temps.

C'est ça, le lâcher prise lorsque je mélange mes couleurs : utiliser des couleurs permissives plutôt que des couleurs impardonnables en termes de dosage du pigment. Le bleu de phtalo, en tout cas celui de Winsor & Newton, devient pour moi impitoyable. Il faut une quantité chirurgicale de bleu primaire pour obtenir un vert pomme qui me convient, alors que le turquoise de cobalt est beaucoup plus permissif, beaucoup plus tolérant, beaucoup plus cool.

Ensuite, en ajoutant un petit peu de rouge, chez moi le magenta, le rose permanent, vous obtenez des couleurs plus rompues, et donc des verts beaucoup plus nuancés que si vous utilisiez uniquement le jaune et le bleu.

Dans quel ordre je pose mes verts ?

Lors d'un live avec les élèves, on devait interpréter la photo d'une élève, une sorte de jardin japonais. Comme je sais que le turquoise de cobalt est plus permissif, c'est lui que j'utilise en premier. Voici l'ordre que je suis :

  1. Le vert pomme, avec la gomme-gutte et le turquoise de cobalt, pour les couleurs claires.
  2. Un vert feuille pour les couleurs un peu plus sombres. Celui-là, je l'obtiens plutôt avec le bleu de phtalo. Ce n'est pas interdit, je peux me le permettre à ce moment-là.
  3. Enfin, un vert rompu assez sombre avec du bleu outremer.

C'est comme ça que j'obtiens mes verts les plus vibrants.

Questions fréquentes

Quel bleu choisir pour obtenir un vert pomme à l'aquarelle ?

J'utilise le turquoise de cobalt avec la gomme-gutte. Il est plus permissif que le bleu de phtalo : en quantité raisonnable, il donne un beau vert pomme sans demander un dosage chirurgical.

Le bleu de phtalo est-il à éviter pour les verts ?

Non, il donne un vert vif qui tire vers le vert feuille, et je l'utilise pour les couleurs un peu plus sombres. Mais pour un vert pomme, il faut en mettre une toute petite quantité, ce qui le rend impitoyable quand on peint de manière relâchée.

Comment rendre ses verts plus nuancés à l'aquarelle ?

Mélangez un jaune et un bleu pour jouer sur 2 dimensions au lieu d'une. Puis ajoutez un petit peu de rouge, comme le rose permanent, pour obtenir des verts rompus plus nuancés.

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