19 septembre 2026
Comment lâcher prise à l'aquarelle quand on a l'esprit cartésien ?
Pour lâcher prise à l'aquarelle quand on a l'esprit cartésien, il ne s'agit pas de rejeter ce qu'on sait, mais d'admettre que la précision du dessin et des couleurs n'est pas vitale. Concrètement : vous vous autorisez à changer les couleurs de la photo, à travailler l'arrière-plan dans le flou plutôt que dans le détail, et parfois à inventer ce qui n'est pas sur la photo. C'est ce qu'a fait Jean-Marc, ingénieur à la retraite de 77 ans, aquarelliste depuis une vingtaine d'années.
Pourquoi un esprit cartésien a-t-il du mal à lâcher prise en aquarelle ?
Jean-Marc vit à Lausanne. Il était ingénieur, il peint depuis une bonne vingtaine d'années. Il a d'abord suivi les ateliers d'un maître sino-vietnamien qui peignait de manière très humide, puis, au moment du Covid, les cours par internet d'un peintre de Genève qui travaillait beaucoup sur sec, de manière très précise. Que ce soit des paysages, des oiseaux ou des animaux, tout se jouait dans les bordures nettes.
Ça correspondait à son caractère et à sa formation. Mais il voulait sortir de là et retrouver le travail dans l'humide.
Son réflexe, il le décrit lui-même : face à une photo, son premier coup d'œil va à la perspective. Le point de fuite, les lignes de fuite, la ligne d'horizon. Sur un sujet de pins avec un trottoir qui vient vers nous, il ne voyait que ça. Sur une maison de village corse avec un escalier éclairé, la première chose qu'il voyait, c'était comment construire la façade. Alors que l'élément essentiel, c'était l'escalier avec sa lumière.
Comment passer de la netteté au flou dans un paysage ?
Jean-Marc avait déjà des bases de perspective aérienne : du net au premier plan, du flou à l'arrière. Avant, pour éloigner les montagnes, il aurait plutôt joué sur la couleur, en tirant vers les bleus. Ce qu'il a retenu de ma technique, c'est de travailler beaucoup plus humide, d'où des montagnes beaucoup plus fondues.
Il a appliqué ça sur un chalet de montagne, en toute autonomie, environ 1 mois après son arrivée. Quand je l'ai vu tomber sur le forum, je me suis dit : c'est léger, c'est transparent, c'est super beau, et ça vient vraiment de lui.
Sur le sujet des pins, il a fait 2 versions. La première, il la trouvait « terne et pauvre ». La seconde, avec une lumière qui passe à travers, l'a satisfait. C'est souvent ce qui le gênait en ressortant ses anciennes aquarelles : un côté un peu fade. Apporter ce côté lumineux, pour lui, c'est un vrai plus. Et ça vient en apprenant petit à petit à sortir de la copie de la photo pour interpréter autrement.
Comment se libérer des couleurs « justes » ?
Jean-Marc a fait des stages avec plusieurs peintres qui avaient 2 choses en commun : dessiner ce que vous voyez, et utiliser les couleurs que vous voyez. Il a même fait des exercices où l'on inventait un motif dans le même esprit qu'une photo, mais en recopiant les couleurs le plus fidèlement possible. Il trouve ça passionnant pour apprendre les mélanges, la densité, le contraste. Mais on est loin du lâcher-prise.
Avec moi, on part ailleurs. J'utilise par exemple mon bleu primaire pour les ciels, qui n'est pas le bleu naturel. Pour un vert, on prend un turquoise et un jaune, et on s'adapte : le vert sera un peu plus clair, un peu plus foncé, on ajoutera peut-être un peu de bleu. Comme le dit Jean-Marc, « on est dans cette approximation qui me fait du bien ».
Pour lui, le lâcher-prise touche plusieurs niveaux :
- la forme,
- la couleur,
- la lumière,
- et parfois le fait d'inventer quelque chose qui n'est pas sur la photo.
Comment progresser en comparant votre aquarelle à d'autres ?
Jean-Marc a une méthode à lui. Il aime connaître les sujets la semaine précédente, les peindre à son idée, avec son savoir-faire, puis regarder ma démonstration en replay. Il ne peint pas en même temps : il observe les petites touches, les passages dans le godet, sur la palette. Ma démonstration lui sert de correction. Il voit les écarts entre sa manière de faire et la mienne, et il ajuste son jugement : sa fixette sur la perspective, par exemple, n'était peut-être pas l'élément principal.
Il regarde aussi beaucoup ce que font les autres sur le forum. Sur un coucher de soleil, tout le monde arrive à peu près à la même chose. Sur des sujets comme les pins, les versions sont très différentes d'une personne à l'autre. Pour la maison corse, Antoine avait peint les façades dans des tons orange, jaune, rose. Jean-Marc, avec son idée de belles façades bien droites, a trouvé ça époustouflant. Il a ensuite retravaillé le sujet à sa façon : une façade froide, un escalier chaud, en tenant compte de ma remarque de laisser la marche blanche pour garder le contraste. Il ne cherche pas à copier, il cherche à découvrir comment traiter un sujet autrement.
Faut-il abandonner ce qu'on sait sur la perspective ?
Non. Au début, Jean-Marc sautait au plafond quand j'expliquais ma technique de la boîte pour placer les repères en perspective, sans le vocabulaire de ligne d'horizon et de point de fuite. Et en même temps, ça marche.
Il ne rejette pas ce qu'il a appris, il le complète. Il admet que la précision géométrique n'est pas vitale : on peut avoir une précision un peu moins bonne et obtenir une jolie image, plus poétique et plus humaine que des lignes bien droites qui filent vers le point de fuite.
Le côté tâtonnant de mes lives l'a aussi aidé. Je cherche, parfois je me plante, parfois je voulais garder une lumière qui disparaît en route. Pour lui, ça montre qu'on peut se tromper et recommencer, et ça le rassure.
Est-il trop tard pour changer sa façon de peindre à 77 ans ?
J'entends souvent : « à 70 ans, on ne se refait plus ». Jean-Marc répond que ce n'est pas trop tard. Il faut juste avoir envie de changer, de découvrir autre chose. Souvent, si on ne se lance pas, c'est qu'on pense qu'on ne va pas y arriver. Ça prendra peut-être 1 mois, 6 ou 12, mais on peut progresser.
Il ne se dit pas encore maître du lâcher-prise, mais il se sent plus souple, avec beaucoup plus d'« autopermission », surtout dans les couleurs. Ce qui lui plaît dans l'aquarelle, c'est la notion de hasard, qu'on voit dans les fusions, les flous, les douceurs.
Questions fréquentes
Faut-il peindre en même temps que la démonstration ?
Pas forcément. Jean-Marc préfère regarder sans peindre, puis peindre après de son côté. Il peint souvent le sujet avant même la démonstration, pour s'en servir comme correction.
Le vocabulaire de mes cours est-il difficile au début ?
Jean-Marc s'est d'abord senti un peu perdu dans le vocabulaire. Petit à petit, en suivant les masterclass et avec le lexique écrit, il a saisi une chose après l'autre.
Sur quoi Jean-Marc bloque-t-il encore ?
Les nuages blancs dans un ciel bleu lui donnent encore du fil à retordre. Il profite des semaines sans nouveau sujet pour les retravailler.
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